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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 20:49
Rencontre sur l’émigration clandestine à Douar Hicher
 
Réalités Publié le 18.05.2009
 
Raouf Ben Yaghlane, qui prépare une nouvelle pièce de théâtre sur l’émigration clandestine, a tenu, après avoir rencontré des immigrés clandestins en Italie, à continuer son action en Tunisie, en allant voir des candidats potentiels à la «harga». Le premier contact qu’il a eu avec ces derniers était le 2 mai dernier lors d’une rencontre organisée à Douar Hicher par les Scouts Tunisiens et appuyée par les autorités locales.

Ben Yaghlane était la vedette ce jour-là devant une centaine de jeunes garçons et filles, accompagnés de leurs familles, qui sont venus le voir et discuter avec lui du sujet brûlant de l’émigration clandestine, surtout que la délégation de Douar Hicher est connue pour être un foyer de «brûleurs» potentiels.

 Le comédien a commencé par présenter le projet de sa prochaine pièce, en expliquant qu’il ne pouvait pas concevoir une œuvre théâtrale sur ce phénomène sans écouter les témoignages des personnes qui sont directement concernées, à savoir les «brûleurs» eux-mêmes, les candidats à la «harga», leurs familles, les voisins et l’entourage social. «Je suis venu vous écouter et je voudrais que vous parliez en toute liberté de ce qui vous tourmente», leur a-t-il dit. Pour les encourager à ouvrir leurs cœurs, car ce n’était pas évident en présence des autorités locales qui étaient là pour guetter le moindre débordement, il leur a parlé de ses rencontres en Italie avec des clandestins qui ont échappé au péril de la mort en mer, mais pas à celui de la misère et de la précarité qui les attendait à leur arrivée en terre étrangère. Il leur a raconté ce qu’il a pu constater sur les conditions inhumaines dans lesquelles ils vivent. Il leur a rapporté les cris de détresse de ceux qui ont tout laissé en Tunisie pour suivre un mirage et qui se sont trouvés, du coup, déchirés entre un fort désir de retour et une peur terrible d’affronter l’échec et surtout le regard de la société.

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Le chômage, première cause de l’émigration clandestine

Le public s’est senti impliqué dans le discours de Ben Yaghlane et a commencé à se livrer petit à petit en répondant aux questions du comédien qui cherchait à les interpeller sur les motifs les poussant à penser à l’émigration clandestine.

Certains ont évoqué la précarité et la pauvreté dans laquelle ils vivent, les incitant à chercher une existence meilleure. D’autres ont parlé du problème du chômage qui touche les jeunes, qu’ils soient diplômés ou non. A cet effet, plusieurs participants ont affirmé avoir cherché du travail, mais en vain. D’où leur orientation vers la perspective de l’émigration clandestine, qui semble plus qu’intéressante, surtout quand on a encore dans la tête l’image de son cousin, de son copain ou de son voisin rentré de l’étranger en été avec une belle voiture et de l’argent plein les poches. Elyès Souda, 16 ans, élève en 9ème année de l’Enseignement de base, a déclaré publiquement durant la rencontre son intention de «brûler» si jamais il ne réussit pas dans ses études. Pour lui, même s’il devait vivre misérablement à l’étranger, vendre de la drogue ou faire de la prison, ce n’est pas important. Ce qui compte c’est de revenir après avoir gagné de l’argent.

Et il n’est pas le seul à penser de la sorte: d’autres adolescents de son âge sont convaincus que l’émigration clandestine est la seule voie vers la richesse, surtout en voyant des frères ou des voisins, diplômés du Supérieur et souffrant malgré tout du chômage. Certains croient même que trouver du travail aujourd’hui nécessite absolument des pistons.

Désireux de diversifier les intervenants et d’interpeller les responsables quant à ces idées avancées par les jeunes de Douar Hicher, Raouf Ben Yaghlane a invité un représentant du bureau de l’emploi dans la Délégation à intervenir. Ce dernier a expliqué que ces jeunes gens devraient penser d’abord à finir leurs études, voire de suivre une formation professionnelle, avant de réfléchir à l’émigration clandestine. Il a ajouté qu’il y a plusieurs programmes étatiques pour les aider à s’insérer dans la vie active, à se former ou à avoir un crédit pour entreprendre un projet et qu’il faut donc en profiter.

Mais au-delà du chômage et de la pauvreté, il y a d’autres motifs qui incitent à l’émigration clandestine.

 Le rôle de la famille est fondamental

Mme Essia Harrabi, professeur dans un lycée à Douar Hicher, qui a organisé elle aussi un débat avec ses élèves sur ce thème, vu qu’elle prépare un mémoire de mastère sur les causes sociologiques de l’émigration clandestine, a affirmé que la famille joue un rôle primordial dans l’incitation ou non de ses enfants à franchir ce pas. Elle a souligné qu’il y a un manque d’encadrement, de dialogue et de tendresse dans la relation qui lie parents et enfants. Elle a même cité le cas d’une famille qu’elle avait rencontrée à Kairouan où elle enseignait auparavant, et qui a reconnu être à la base de la décision d’un de ses fils de «brûler» à cause des pressions auxquelles elle le soumettait pour réussir dans ses études, en ne lui tolérant jamais l’échec. Appuyant sa déclaration, un autre intervenant a évoqué l’intolérance de toute la société, très attachée aux apparences et n’acceptant pas l’erreur.

Pourtant, c’est la famille qui subit les lourdes conséquences de l’émigration clandestine. La preuve, ce sont ces témoignages forts et touchants donnés par des parents de clandestins qui souffrent aujourd’hui le martyre à cause de l’acte de leurs enfants. Tel est le cas de Hniya Akrimi, une mère affligée par l’absence de son fils dont elle n’a pas eu de nouvelles depuis 2004, ne sachant s’il est mort ou vivant. De même pour Mohsen Maghraoui, un père dont le fils a quitté son travail en Tunisie en pensant qu’il allait s’enrichir en Italie et qui n’est jamais revenu depuis.

 «J’ai aidé mon fils à brûler»

Le comble a été le cas d’un troisième assistant qui a avoué avoir aidé son fils à émigrer clandestinement en lui fournissant l’argent du billet vers la Turquie et de là partir en Italie. Il a dû hypothéquer sa maison afin d’avoir la somme nécessaire. Aujourd’hui, lui aussi est sans nouvelles de son enfant, ne sachant rien de ce qu’il est devenu.
Ces histoires douloureuses n’ont pas manqué d’affecter le public présent jusqu’aux larmes. Il a été toutefois soulagé en écoutant l’histoire de Mohamed Lamine Khemiri qui est revenu en Tunisie après avoir émigré clandestinement en Italie. Il a raconté sa galère là-bas, les conditions dans lesquelles il a vécu, son entrée dans un réseau de vente de drogue et puis son emprisonnement. Finalement, il a pris la décision de rentrer. Sa famille et spécialement sa mère l’a accueilli à bras ouverts. Il a donc profité de l’occasion de cette rencontre pour lancer un appel à tous les candidats à l’émigration clandestine pour qu’ils changent d’avis et reconsidérent l’importance des acquis qu’ils ont en Tunisie.

Mais comment dissuader nos jeunes de «brûler» ? Telle est la question qu’a posée Raouf Ben Yaghlane à l’assistance.

 Assistance psychologique et encadrement

Mme Harrabi a souligné la nécessité d’un encadrement psychologique au niveau de la famille, mais aussi au niveau de l’école.

Un membre de l’organisation des Scouts à Douar Hicher a évoqué quant à lui l’importance d’impliquer davantage les jeunes dans le travail associatif susceptible de les former et de les encadrer.
Pour sa part, Mme Dorra Mahfoudh, sociologue, a appelé à organiser l’émigration comme c’est le cas au Maroc où beaucoup de gens hommes et femmes vont travailler à l’étranger. Ils bénéficient avant de partir de tout un travail pédagogique de sensibilisation quant à leurs droits et leurs devoirs, pour ne pas être exploités et savoir se défendre, chose qui ne se fait pas en Tunisie.

Avant de conclure la rencontre, Ben Yaghlane a invité un avocat à informer les jeunes présents sur les sanctions juridiques qu’encourent les émigrés clandestins, les transporteurs et les passeurs, histoire de les sensibiliser davantage quant aux risques de «brûler». En sortant de cette rencontre, les participants semblaient convaincus des dangers de l’émigration clandestine, de ses résultats désastreux sur la société et la famille et de l’intérêt de rester en Tunisie.
Mais un petit test a révélé le contraire. Nous nous sommes approchés au moment de la sortie de la salle d’un adolescent de 16 ans pour lui demander s’il serait motivé, après avoir écouté ce débat, pour «brûler». Sa réponse est venue, calme et évidente : «Bien sûr que je partirai. Rien ne me dissuadera de mon projet. J’ai un oncle qui travaille à l’étranger et je compte suivre son exemple!».

A méditer…
Hanène Zbiss
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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 01:52

Chers amis, Suite à la demande d'un grand nombre d'amis , je publie un extrait de mon spectacle " Mathalan" ou Quand je me suis déguisé en femme.
Un homme en chômage trouve une annonce, dans un journal, offre d'emploi pour femme de ménage ...



à suivre

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 23:07




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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 14:56




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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 17:08

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 11:25
Extrait de mon passage dans d'émission K-21 sur Canal 21

Visages sans Visas



Les Clandestins

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire une pièce sur l’émigration clandestine?
C’est un sujet qui s’impose. On en parle partout dans le monde entier, dans les télés et dans les journaux. C’est un phénomène qui touche des centaines de familles. Il est devenu urgent de le traiter. Comment se taire devant un problème pareil ? Comment ne pas s’impliquer ? Comment ne pas chercher à mieux le comprendre et à le saisir ? Je trouve que c’est horrible ce que nous sommes en train de regarder sur les chaînes de télévisions étrangères, sur les gens qui meurent chaque jour en mer. C’est insupportable ! Je considère que le phénomène de l’émigration clandestine touche directement à la condition humaine. Comment faire semblant de ne pas s’y intéresser ? Moi, je ne peux pas ne pas traiter les thèmes chauds qui interpellent notre société, comme je l’ai déjà fait auparavant avec des sujets brûlants comme la santé sexuelle et la liberté d’expression.
Et donc, encore fois vous avez décidé de réagir ?
A vrai dire, pour faire cette pièce que j’écris actuellement, j’ai été contacté par l’organisation européenne Tecla qui oeuvre dans le cadre d’un projet de la Commission Européenne, le projet MESURE pour sensibiliser les jeunes quant aux dangers de l’émigration clandestine. Cette organisation travaille également avec l’Association Maghrébine du Développement de Ressources Humaines (AMDRH) et l’Association des Femmes Tunisiennes pour la Recherche et le Développement (AFTURD). On m’a choisi pour faire cette pièce car j’ai déjà travaillé auparavant, quand j’étais en France dans les années 70-80, sur les travailleurs immigrés.
J’ai eu des réunions avec les différents partenaires du projet qui m’ont présenté les résultats d’une étude faite sur le sujet avec des témoignages écrits afin que je m’en inspire pour créer mon spectacle. Mais en les lisant, je me suis rendu compte qu’ils ne me suffisaient pas pour monter la pièce. Car il s’agissait de données recueillies à partir d’une enquête sociologique. Or, moi, j’avais besoin d’écouter les gens, de parler avec eux et de comprendre surtout ce qui les motive pour mettre leur vie en péril et aller en Europe. J’ai alors décidé de me déplacer pour les voir. L’organisation Tecla a mis à ma disposition tous les moyens et je suis parti au Sud de l’Italie, en Sicile.
Et qu’avez-vous découvert là bas ?
J’ai constaté les conditions de vie déplorables des émigrés clandestins. Il y avait beaucoup d’Africains. J’ai insisté pour rencontrer les Tunisiens. Et j’ai vu ceux à l’intérieur du camp de réfugiés et ceux qui s’en sont évadés. Ils vivent dans des conditions inhumaines, en étant obligés de dormir sans toit et de chercher à manger dans les ordures, outre le fait de devoir tout le temps fuir la police. Et cela dure depuis dix, cinq ou trois ans selon les cas. Avant de les rencontrer, je pensais que mettre sa vie en péril pour venir en Europe valait la peine. Mais quand j’ai vu leur situation là-bas, elle m’a beaucoup préoccupé et intrigué. Alors, je voulais en savoir plus sur eux en leur posant de multiples questions.
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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 23:28

J’accuse cette société d’avoir marginalisé les faibles
et privilégie les plus forts

Raouf Ben Yaghlane parle de sa nouvelle pièce sur l’émigration clandestine -
  Henene Zbiss - Réalités - Publié le 18.05.2009

Après la santé sexuelle et la liberté d’expression, Raouf Ben Yaghlane s’attaque désormais au problème de l’émigration clandestine dans sa nouvelle pièce. Observateur attentif de sa société et scrutateur rigoureux de ses malheurs, rien n’échappe à son regard critique et à sa volonté de dévoiler le mal là où il est. Interpellé par les images de ces centaines d’hommes et de femmes qui périssent chaque jour en mer et intrigué par leur volonté désespérée de trouver un monde meilleur, il a décidé de leur donner la parole en se glissant dans leur peau pour évoquer leur misère, leur malaise et leur désespoir.
Pour cela, il a choisi de les écouter d’abord, de les interroger sur ce qui les pousse à se martyriser ainsi, sur leurs rêves et leurs déceptions en arrivant en Europe. Car il est conscient qu’il ne peut écrire son spectacle sans impliquer les gens qui sont directement concernés par l’émigration clandestine. Il est donc parti à leur rencontre en Italie et puis en Tunisie. Et là, il a découvert une réalité révoltante et une situation inadmissible.

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire une pièce sur l’émigration clandestine?
C’est un sujet qui s’impose. On en parle partout dans le monde entier, dans les télés et dans les journaux. C’est un phénomène qui touche des centaines de familles. Il est devenu urgent de le traiter. Comment se taire devant un problème pareil ? Comment ne pas s’impliquer ? Comment ne pas chercher à mieux le comprendre et à le saisir ? Je trouve que c’est horrible ce que nous sommes en train de regarder sur les chaînes de télévisions étrangères, sur les gens qui meurent chaque jour en mer. C’est insupportable ! Je considère que le phénomène de l’émigration clandestine touche directement à la condition humaine. Comment faire semblant de ne pas s’y intéresser ? Moi, je ne peux pas ne pas traiter les thèmes chauds qui interpellent notre société, comme je l’ai déjà fait auparavant avec des sujets brûlants comme la santé sexuelle et la liberté d’expression.
Et donc, encore fois vous avez décidé de réagir ?
A vrai dire, pour faire cette pièce que j’écris actuellement, j’ai été contacté par l’organisation européenne Tecla qui oeuvre dans le cadre d’un projet de la Commission Européenne, le projet MESURE pour sensibiliser les jeunes quant aux dangers de l’émigration clandestine. Cette organisation travaille également avec l’Association Maghrébine du Développement de Ressources Humaines (AMDRH) et l’Association des Femmes Tunisiennes pour la Recherche et le Développement (AFTURD). On m’a choisi pour faire cette pièce car j’ai déjà travaillé auparavant, quand j’étais en France dans les années 70-80, sur les travailleurs immigrés.
J’ai eu des réunions avec les différents partenaires du projet qui m’ont présenté les résultats d’une étude faite sur le sujet avec des témoignages écrits afin que je m’en inspire pour créer mon spectacle. Mais en les lisant, je me suis rendu compte qu’ils ne me suffisaient pas pour monter la pièce. Car il s’agissait de données recueillies à partir d’une enquête sociologique. Or, moi, j’avais besoin d’écouter les gens, de parler avec eux et de comprendre surtout ce qui les motive pour mettre leur vie en péril et aller en Europe. J’ai alors décidé de me déplacer pour les voir. L’organisation Tecla a mis à ma disposition tous les moyens et je suis parti au Sud de l’Italie, en Sicile.

Et qu’avez-vous découvert là bas ?
J’ai constaté les conditions de vie déplorables des émigrés clandestins. Il y avait beaucoup d’Africains. J’ai insisté pour rencontrer les Tunisiens. Et j’ai vu ceux à l’intérieur du camp de réfugiés et ceux qui s’en sont évadés. Ils vivent dans des conditions inhumaines, en étant obligés de dormir sans toit et de chercher à manger dans les ordures, outre le fait de devoir tout le temps fuir la police. Et cela dure depuis dix, cinq ou trois ans selon les cas. Avant de les rencontrer, je pensais que mettre sa vie en péril pour venir en Europe valait la peine. Mais quand j’ai vu leur situation là-bas, elle m’a beaucoup préoccupé et intrigué. Alors, je voulais en savoir plus sur eux en leur posant de multiples questions.
Quel genre de questions ?
Qu’est ce que vous faites ici ? Comment vivez-vous ? Pourquoi êtes-vous venus? Et la plupart m’ont répondu : «Nous avons été induits en erreur quant à la vraie situation, ici en Italie. Nous étions en Tunisie, entourés de nos familles et de nos amis et puis, en voyant ceux qui sont partis à l’étranger revenir avec beaucoup d’argent, des voitures et des portables dernier cri, nous nous sommes demandé pourquoi, eux, ils vivent ainsi et nous non, alors que nous étions dans la même situation de chômage auparavant. Et du coup, nous nous disions : pourquoi ne pas suivre leur exemple ?». Et là je leur ai posé une autre question : «Alors, en arrivant ici, vous avez découvert quoi ?». La réponse était unanime : «Nous avons découvert qu’ils nous ont menti sur toute la ligne. Les voitures, ils les ont empruntées ainsi que l’argent pour nous faire croire qu’ils sont riches. Car il est devenu impossible de trouver du travail en Italie. Les Italiens ne veulent plus de nous. Ils amènent des Roumains, des Polonais et des Tchèques pour travailler chez eux puisque l’Europe s’est élargie». Finalement, je leur ai demandé : «Pourquoi ne pas rentrer alors ?» Ils me rétorquaient qu’ils aimeraient bien revenir en Tunisie, qu’ils considèrent désormais comme un paradis mais ils ne peuvent pas le faire. Car ils ne peuvent pas se permettre de rentrer les mains vides après toute cette galère et ces sacrifices. Ils ont peur du regard accusateur de la société. Il y a ceux aussi qui n’osent pas revenir au pays parce qu’ils ont volé les bijoux de leur mère pour se payer une place sur une barque vers l’Europe.
D’après ce qu’ils vous ont raconté, qu’est-ce qui les motive à partir ?
Certes, la recherche du travail est le premier motif mais pas le seul. Car quand je leur pose la question, ils me répondent qu’en Tunisie, ils n’arrivent pas à s’exprimer, à parler de leurs problèmes et des choses qui les tourmentent, alors qu’à l’étranger, malgré toute la misère dans laquelle ils vivent, ils ont ce privilège. Ils me disent aussi que chez eux, le monde appartient aux puissants et à ceux qui ont des “pistons”. Or eux se sentent marginalisés et ne peuvent même pas le déclarer. Et quand je leur demande : «Mais comment acceptez-vous de vivre dans la précarité totale ici en Italie alors que vous refusez d’en supporter le quart en Tunisie? Ils me répondent que dans leur pays, ils ne peuvent consentir de galérer car ils sentiraient, dans ce cas, subir une injustice.
Quelle conclusion avez-vous tiré de ces rencontres ?
La conclusion que j’ai tiré d’après ce que j’ai vu est que ces gens ont besoin d’une assistance psychologique. S’ils continuent à vivre dans la misère dans le pays d’accueil, c’est parce que la société tunisienne ne pardonne pas l’échec. Elle n’accepte pas que des gens partent au péril de leur vie et reviennent les mains vides. Ils en sont victimes car elle les pousse à s’attacher aux apparences, à fuir leur réalité et ne les aide pas du tout à s’assumer et à se prendre en charge. C’est pour cela que j’accuse cette société d’avoir marginalisé les faibles et privilégie les plus forts. Je considère que ces personnes ont un potentiel extraordinaire qui n’a pas été exploité et mis en valeur. Un individu qui est capable de traverser une mer comme s’il traversait une rue, doit avoir à l’intérieur de lui une volonté surprenante et une très grande énergie. Pourquoi laisser passer tout cela et ne pas donner à cette personne une opportunité ? Ces gens accusent la société de les avoir marginalisés et moi je me joins à eux. Et c’est ce que je vais mettre en évidence dans mon spectacle avec un peu de dérision.
Nous sommes tous responsables de ce qui leur arrive. Leur demander pourquoi vous avez «brûlé» est inadmissible pour moi. C’est comme si nous ignorions leur malaise, leur souffrance et le sacrifice qu’ils viennent de faire ! Il faut réfléchir longtemps avant de leur poser une question pareille ! En tout cas, moi, je n’ai pas osé la poser. Je considère qu’il est nécessaire de respecter la dignité de ces individus en leur posant les questions qu’ils méritent. Et puis, avant toute interrogation, il faut leur dire : Dieu merci, vous êtes encore en vie !
Comment ont-ils réagi quand vous leur avez dit que vous préparez une pièce sur eux ?
Ils ont été très contents. D’ailleurs, ils attendent avec impatience de voir la pièce. Ils m’ont surtout chargé de faire parvenir leur voix et de parler de leurs conditions de vie et de leurs souffrances.
S’ils revenaient un jour en Tunisie, seraient-ils partants pour «brûler» de nouveau ?
Moi, je leur ai plutôt posé la question suivante : «Si vous aviez un frère, un proche ou un voisin qui voudrait venir en Europe, qu’est-ce vous lui conseilleriez?» Ils m’ont répondu à l’unanimité : «Non, non et non. Il ne faut pas qu’il vienne. Nous ne voulons pas induire les autres en erreur. L’Italie n’est pas un paradis. Nous vivons dans la misère. Les Italiens eux-mêmes ont des problèmes». Et quand je leur ai demandé : «Mais ce discours ne vous a-t-il pas été tenu avant de partir», ils m’ont rétorqué : «Oui, mais nous n’y avions pas cru».
Vous auriez pu, pour les besoins de votre spectacle, vous limiter aux émigrés clandestins que vous avez rencontrés en Italie ? Pourquoi avoir tenu à continuer ce travail à Tunis ?
En Italie, j’ai rencontré les émigrés clandestins qui ont réussi à arriver en Europe. Maintenant, je voudrais voir ceux qui veulent aller là-bas ainsi que leurs parents. Je voudrais savoir pourquoi ils désirent «brûler» et ce qu’ils pensent trouver en Italie. J’ai eu une première rencontre à Daouar Hicher avec eux. Les gens présents étaient très touchés comme vous l’avez vu car ils ont senti que le rapport était sincère entre eux et moi et que je m’intéressais à leurs malheurs, à leurs problèmes et à leurs drames dont je parlerai dans ma pièce.
Et qu’avez-vous déduit de votre rencontre avec eux ?
J’ai découvert qu’il y a un écart énorme entre le discours officiel et la réalité, entre ce que disent les responsables et le vécu des gens. Il faut que ces hauts responsables aillent visiter les faibles chez eux et voir de leurs propres yeux leur existence. Ils faut qu’ils quittent leurs bureaux pour aller chercher les marginalisés et les exclus là où ils sont. Dans les cafés par exemple, qui pourraient se transformer à l’occasion en espaces de dialogue. Il est nécessaire que l’Administration soit au service du citoyen où qu’il soit. Je propose même, en guise de dérision, d’organiser pour ces responsables «une campagne de contact avec le peuple» !
Et vous, qu’est ce que vous proposez, comme solutions au phénomène de l’émigration clandestine ?
Je l’ai dit et je le répète, il faut une assistance psychologique à ces gens qui ont «brûlé» ou qui veulent le faire. Il est nécessaire de créer des cellules d’écoute en Italie et en Tunisie pour les aider à se découvrir, à mieux se comprendre et se définir, à se réconcilier avec eux-mêmes et à pouvoir faire la différence entre le rêve et la réalité. Car faut-il le préciser, cette société fait vivre les gens dans l’hypocrisie et dans les fausses apparences en leur faisant croire que tout est possible. Prenons par exemple les émissions télé qui vous promettent de gagner des millions. Comment ne pas rêver de s’enrichir facilement en les regardant? On ne peut pas fabriquer des rêves puis venir reprocher aux gens d’y avoir cru !
Ce que vous avez fait à Douar Hicher, allez- vous le continuer dans d’autres endroits ?
Bien sûr ! J’irai à l’intérieur du pays visiter des endroits réputés pour être des foyers de l’émigration clandestine. Et puis, comme vous l’avez vu, les autorités locales me soutiennent et je crois qu’ils continueront à le faire car je touche une problématique qui les intéresse.
Ce travail de sensibilisation que vous faites actuellement rappelle ce que vous avez réalisé pour la santé sexuelle quand vous avez mis en scène le spectacle «Ech Ikouloulou», non ? C’est ma manière de procéder et de faire mon métier d’artiste. Quand je traite un problème de société, la moindre des choses est de rencontrer et de discuter avec les gens qui y sont directement concernés. Je ne vais quand même pas inventer des histoires sans tenir compte de la réalité ! Un personnage sur scène a sa raison d’être qui dépend de mon rapport en tant qu’artiste avec le réel. Je m’implique à fond dans les problématiques que je traite. C’est ma façon aussi d’exercer ma citoyenneté.
Cette pièce sur l’émigration clandestine, où allez-vous la présenter ?
Pour le moment, je vais la présenter en Tunisie pour les émigrés vivant en Italie et en langue italienne dans plusieurs régions en Italie. Car je suis en train de préparer la version italienne de mon spectacle avec un metteur en scène et un producteur de là-bas. Mais dans cette version, je vais traiter la question du point de vue du pays d’accueil qui avoue avoir des difficultés à accepter cette émigration clandestine, du moins de point de vue officiel. Du reste, elle profite bien à la mafia et aux réseaux intégristes!


Hanène Zbiss


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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 18:27
La démocratie dans mon quartier



Raouf Ben Yaghlane


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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 19:03





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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 18:30
La crise économique mondiale n'arrivera jamais chez nous,
parce que, grâce à dieu, nous sommes les meilleurs .


Propos tenu par un immigré Tunisien, clandestin -7arak-
rencontré dans un métro à Paris.
Humour et autodérision.
Raouf BenYaghlane
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